14/05/2024

Le verrouillage imaginaire des futurs. Castoriadis et l'institution technique entre création et hétéronomie

Je viens de terminer la lecture, dans le train vers Bruxelles, de l'article de Fabrizio Defilippi Le verrouillage imaginaire des futurs. Castoriadis et l'institution technique entre création et hétéronomie ; premier chapitre de l'anthologie Imaginaires technologiques, publié par les presses du réel et ArteC, sous la direction de François-David Sebbah et Alberto Romele.

Dans son article, Fabrizio Defilippi choisit d'approcher la place des « ‹ imaginaires › dans la construction technologique d'une société » à travers le travail du philosophe Cornelius Castoriadis, afin de comprendre le processus d'automatisation des systèmes sociotechniques contemporains. Le concept d'hétéronomie technologique sera repris afin d'aborder des façons d'envisager le futur d'une société.

« Toutefois, l'autonomisation des systèmes sociotechniques contemporains semble impliquer pour Castoriadis une série de problèmes par rapport à la capacité de la société à se concevoir en tant que source de ses propres normes. » (p. 19)

(S'il vous arrive de lire ce journal, vous aurez compris que je le complète de temps à autre, ici et là, car je suis un gros fénéant. :⋅)

11/05/2024

from home to workshops

/!\ bad English below /!\

My name is zeste—I used to print in my browser before I was an artist, a small publisher and a graphic designer.

When I was a kid, I used to print a lot of blog posts. I'd hang out on Skyblog, and collect texts whose formatting style I liked. They were usually self-introduction paragraphs, with frames in blocks of color, vernacular spelling, glyphs drawing... In this way, I collected a few dozen presentations of unknowns. I never saved anything, not even as a bookmark. On the other hand, when I visited my grandparents, I'd find paths back, print out everything I could to put it in a folder. When I got home, I'd staple some on them together and keep them hidden in a drawer. There was nothing transgressive about it, but it was proof that I'd been on the computer, often and for a long time—more than the limit imposed by my parents.

These aren't my first zines, but these are the very first made with a printer and a computer.

The reason I chose this anecdote as a starting point is to address an essential dimension common to both web pages and print zines: the graphic practices of people who aren't professional designers. In other words, who are not paid for the forms they produce, but who do for themselves, to adress for others.

And this is (almost) how I got introduced in the PrePostPrint practices and then, to the PrePostPrint community: cool shapes in cool places. So, I was following updates from the website, because I was seeking for alternative tools to proprietary softwares, but also because of my interest in the act of print itself. I wasn't very aware of what was PrePostPrint exactly, but I knew I wanted to explore deeper the technical features of the code to print practices.

PrePostPrint is more than just printing zines in your web browser. PrePostPrint gathers not only designers and teachers, who probably print more often in workshops than home. PrePostPrint is open and brings together enthusiasts, makers and doers. And I think that this role for non-professionals and non-technicians is extremely important and necessary to format, print and share our resources and experiences inherited from blogs and zines backgrounds.

Attempting to escape proprietary software, to do things differently, to pool our tools and resource is inevitably a way of asserting and giving expression to voices that go beyond the norms. We come together around plural ways of doing things, using different tools, different modes of writing, different ways of working with people, terminals and printers. We get together, on the internet and in workshops, to work together across medium divides. We don't focus our practice on a finished object, but on the time spent tinkering with it, finding solutions, moving from one machine to another. And this relationship to design, embedded in the writing in the text editor, in the movement of forms, in the sharing of screens... reflects a general concern to overcome the social boundary between web and print.

23/04/2024

ornements et crimes

Hier (22/04/2024), j'ai profité de mon voyage en train pour lire ornements et crimes d'ayoh kré Duchâtelet. Il était posé sur la pile « livres offerts, à lire, pour le plaisir » depuis un an déjà.

ornements et crimes fait partie d'une installation où “audio and drawings incorporating both fiction and documentary in a futuristic dystopia are spatialized in a hearing room, questioning the relationship between justice, power, and colonial history”, exposée au CIVA l'année passée (17/03/2023 – 03/09/2023), lors de l'exposition Style Congo. Heritage & Heresy.

(S'il vous arrive de lire ce journal, vous aurez compris que je le complète de temps à autre, ici et là, car je suis un gros fénéant. :⋅)

16/04/2024

Une singularité

Ce matin j'ai terminé la lecture d'Une singularité de Bastien Hauser. Publié chez Actes Sud il y a tout juste un mois (ou à peu près), Une singularité est son premier roman. Si je me fie à ma compréhension des échanges entendus lors de la soirée de lancement (21/03/2024), c'est un texte commencé lors de son master à La Cambre, en Texte et création littéraire. De Bastien, je situais son allure car il organisait les soirées de rencontres littéraires Et cætera, qui ont lieu tous les premiers mercredis du mois au Pantin, à Bruxelles.

Le roman suit le brouillard d'un narrateur amnésique à la suite d'un AVC. Survenu le même jour que la publication de la première photographie d'un trou noir supermassif, l'arrêt du cœur note le début d'une perception nouvelle du monde. Les deux événements, dans leurs échelles différentes et pourtant semblables, se mélangent au fur et à mesure des lignes, des vides, et des lignes qui suivent le vide.

Les trous noirs qui deviennent un trou noir ; c'est la façon dont Bastien nous transmet une folie qui grandit, nourrie et portée par les divagations d'une vie non-chalante, dont les séductions et les amitiés filent de chambres en fêtes, des rues Bruxelloises à une piscine d'Arizona. Comme le résultat d'une suite de soirées trop rapprochées, la confusion du narrateur nous semble ordinaire, déjà vécue. De même que les ami..es qui s'inquiètent, les ami..es qu'on laisse, que l'on oublie et que l'on regrette ; les ancres à la réalité se détachent peu à peu, jusqu'à nous laisser voir – de loin – la folie s'emparer de l'histoire.

Les jours – du 10 avril au 2 juillet 2019 – chapitrent un récit dont les données horaires organisent les paragraphes. Ces indications temporelles ne tentent pas de restituer un journal ; elles dépassent le narrateur qui, souvent, ne sait pas que nous savons qu'il lui manque des journées de souvenirs.

C'est une histoire en deux parties ; à Bruxelles, puis à Tucson. Les dernières heures à Bruxelles me firent craindre la suite de ma lecture. La représentation de la folie devenait pour moi trop graphique, trop consciente. Je perdais la distance étrange avec laquelle j'aimais suivre les pensées d'un « je » qui entrait toujours un peu plus dans l'égocentrisme de la paranoïa. Lorsque les faits et leurs conséquences vinrent joncher les images flottantes – si particulières à la lecture – de vaisselle sale, de lignes de feutre et autre reprographies, je me suis résolu à faire une petite pause. Avant l'Arizona.

La suite m'a soulagé. J'ai aimé la frénésie des nouvelles rencontres, le chaos des onglets qui s'ouvrent et qui s'accumulent dans le navigateur. J'ai aimé le temps étendu sur le sol, engoncé dans les lits, les fauteuils, et les banquettes. J'ai aimé aussi le temps qui file au bord de la piscine, dans les rues, dans le club, jusque dans le désert.

12/04/2024

Bases sémiotiques pour le Web des expériences

J'ai lu ce matin un article de Jean-Pierre Cahier, qui propose des Bases sémiotiques pour le Web des expériences.

Dans son article, Jean-Pierre Cahier développe le concept de « Web des expériences »,

05/04/2024

Ontologies du Web : Histoire refoulée et perspectives paradoxales

Suivant une recommandation de Lionel Maes, j'ai commencé la lecture de l'article d'Aurélien Benel : « Ontologies du Web : Histoire refoulée et perspectives paradoxales », publié en 2014 dans la revue Intellectica. L'article analyse les différents formats des ontologies du Web afin de déceler les origines philosophiques du terme, et son emploi en informatique. Le déplacement du signifié d'un mot qui se réfère initialement à une notion métaphysique interroge effectivement la création de « vérités » par les ingénieur..es et les informaticien..nes. Quels sont les liens possibles entre la « théorie de l'être » et ce que Tim Berners Lee définit comme des « collections d'informations [permettant de] découvrir des significations communes quelles que soient les bases de données » ?

« En philosophie, une ontologie est une théorie sur la nature de l’existence, sur les types de choses qui existent ; en tant que discipline, elle étudie ce genre de théories. L’intelligence artificielle et les chercheurs du Web ont détourné ce terme pour leur propre jargon, et pour eux une ontologie est un document ou un fichier qui définit formellement les relations entre termes. Le cas le plus typique d’une ontologie pour le Web étant une taxinomie et un ensemble de règles d’inférences. », Tim Berners Lee, 2001

S'éloignant peut-être un peu de mon sujet de recherche, l'aller-retour entre une terminologie philosophique et une terminologie de l'informatique rejoint tout de même mes préoccupations en situant son raisonnement dans une sémiotique des textes, qui m'est un peu complexe à la première lecture, mais qui – je l'espère – se décomplexifiera à mesure de la recherche. Une chose me chiffone tout de même – en plus de manquer de quelques connaissances techniques et philosophiques – l'article est daté de 2014, ce qui me semblait plutôt récent au début de mes lectures, mais qui s'avère vieux d'une décennie. M'inscrivant déjà dans une réflexion plutôt désuète, à penchants quelque peu réactionnaires (oups), j'aimerais me sentir moins à côté de la plaque, un peu plus encré dans mon époque – celle d'une pensée du langage de la traduction et des solutions génératives, peut-être ?

Trève de digression, abordons maintenant le cœur de cette lecture : les ontologies, et la représentation des connaissances.

« La tâche conditionne la construction de l’ontologie qui dès lors ne peut être portable et encore moins universelle. Cela plaide de plus en faveur d’une vision non logique mais plutôt constructiviste de la connaissance (...). Comme toute connaissance, les ontologies sont interprétées par un expert humain en fonction de l’idée qu’il a de la tâche attribuée au système. », Jean Charlet, Bruno Bachimont, 1996

Aurélien Benel rapproche la structure des ontologies du Web de l'Organon d'Aristote, notamment par la division des termes (universels, singuliers) et des propositions (universelles affirmatives et négatives, singulières négatives). Mes connaissances d'Aristote se sont malheuresement évaporées dans la douzaine d'années qui a suivi mes cours de philo du lycée. Je pense avoir de nouveau abordé Aristote durant le cours de Fabien Vallos, mais je ne crois pas avoir archivé mes notes – dommage.

L'article explique que la façon dont ontologies du Web (OWL) représentent les connaissances se différencie Resource Description Framework (RDF) par la distinction des classes et des ressources. « La notion d'individu est ajoutée pour matérialiser cette différence. ».

J'ai ensuite un appri un nouveau mot : subsomption, qui, en logiques descriptives, implique que le concept d'un terme inclut le concept d'un autre. « [...] les classes d'OWL doivent trouver leur place dans la hiérarchie des subsomptions entre deux bornes : thing et nothing. »

Aurélien Benel poursuit en abordant le statut du verbe « être » :

« [...] le verbe ‹ être › est [dans OWL] un verbe comme les autres. Ainsi est enjambée la ligne de démarcation entre la logique des ensembles et la logique des relations [...] »

Je me contente de recopier cette citation, que je comprendrai peut-être mieux par la suite.

La deuxième partie de l'article aborde la notion de vérité. Partant toujours de la pensée d'Aristote, il décrit la vérité comment étant « transmise par déduction de l'universerl au particulier ». Selon Aristote, toujours, « l'induction est considérée comme une faute logique, mais la substance des classes et la vérité des propositions universelles est révélée [...] à partir du singulier ».

« Certes la sensation est distribuée individuellement, mais la sensation est de l’universel : ainsi celle d’un homme, mais non de l’homme Callias. », Aristote, Seconds Analytiques

L'instance d'une classe au sein des ontologies du Web est perçue, non « comme une singularité, mais comme régularité ». Dans ce contexte informatique, la confusion de deux termes (le singulier et le particulier) pourtant bien distincts en philosophie, place sur un même plan, sensoriel et discursif, les substances des objets : l'instance d'une classe est à la fois concernée par l'expérience, et par la « quête de vérité » scientifique.

(S'il vous arrive de lire ce journal, vous aurez compris que je le complète de temps à autre, ici et là, car je suis un gros fénéant. :⋅)

31/03/2024

Soupes

Vendredi (29/03/2024) je me suis rendu avec Alice à Fotokino pour visiter l'exposition sur les soupes, dont beaucoup m'en avait déjà parlé. C'est la restitution de résidence du duo Palefroi (Damien Tran et Marion Jdanoff).

« Soupes est une exposition mais aussi une cantine temporaire, installée au Studio Fotokino du 17 janvier au 31 Mars 2024. La plupart du temps, on pourra la visiter pour découvrir les peintures, dessins, sérigraphies, film d’animation, céramiques créées par le duo. Et parfois, l’exposition se transformera en véritable cantine : des questions y seront posées. Des réponses en forme de soupes y seront servies. »

Trafic

Ce weekend (30/03/2024 et aujourd'hui) j'ai participé au salon Trafic au FRAC SUD à Marseille. J'y avais participé deux fois déjà, il y a quelques années, lorsque qu'il s'appelait – d'une année à l'autre, selon le statut donné aux publications exposées – Rebel Rebel et Mise en Pli, qui se déroulait alors au FRAC PACA. Les noms changent (tous), moins le monde.

Je me suis rendu au FRAC à pied, ma moitié de bibliothèque sur l'épaule droite, mes lunettes de soleil sportives sur le nez. Je suis arrivé à l'heure idéale (10h15), j'ai débalé les livres, aimanté quelques dessins et cartes de visite avant de me ruer vers la cantine pour acheter un café trop cher et bien trop aqueux. Je transpirais beaucoup (j'aime bien, mais je me demande à quel point c'est pénible pour mes voisin..es).

Je présentais homep pour la première fois. Je n'avais apporté que la partie intérieure de la bibliothèque, n'ayant que quelques zines à présenter à Marseille. J'ai donc choisi la version légère : une caisse usinée dans des plaque d'aluminium laminé ivoire qui évoque les traitillés des volets roulants, et quatre sangles noires en guise d'étagères. Ce n'est qu'une première structure, elle demande à être complétée à mesure des salons.

Dans ma petite bibliothèque, il y avait :

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22/03/2024

Table ronde autour des pédagogies radicales

Hier soir (21/03/2024) je me suis rendu au beursschouwburg pour assister à la table ronde sur les pédagogies radicales, organisée par nadjim bigou-fathi et soto labor. Les invité..es étaient :

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27/11/2023

petites histoires des usages

Hier (26/11/2023), j'ai profité de m'être trompé dans mes réservations de train pour discuter avec Julien de ses usages des éditeurs de texte. Ce fût l'occasion pour moi de penser à de nouvelles manières d'écrire, et d'ouvrir ma recherche au-delà de mes perceptions... et de mes angoisses. J'ai nommé cette future collection de discussions les « petites histoires des usages ».

Ce sont des discussions orales privées non enregistrées, dont je prends note. J'ai des questions qui trament la conversation. Elles concernent :

Je rédige ensuite une petite histoire de chaque conversation.

Julien avait beaucoup de choses à dire, et ce n'est que dans un second temps que j'ai posé mes questions. J'ai aimé l'entendre, et je suis curieux de poursuivre ces discussions avec d'autres.

Julien écrit du code depuis longtemps, mais ce n'est que récemment qu'il écrit pour le Web. De ses pratiques d'écriture, il distingue trois types de texte :

Et pour écrire ces textes, il fait l'usage de deux dispositifs d'écriture : son ordinateur et son téléphone.

Un critère qui lui est très cher, c'est le respect de la précision des glyphes choisis. Autrement dit, le respect des normes ortho-typographiques – ce qui rend le HTML, pour cela, très avantageux. J'ai aimé l'entendre parler des espaces fines et des apostrophes – d'une part car je suis moi-même très attaché au respect des caractères unicodes que je choisis ; ce qui me fait ensuite réfléchir au paradoxe de l'importance des choix, pour le respect des règles. C'est bien cette intersection qui me plait, je pense, dans l'écriture avec les ordis. Car, ce qui me soucie le plus, ce n'est pas tant le respect d'une norme établie, mais bien la façon dont je m'applique à choisir les caractères unicodes, la façon dont je m'y attache, comment je les aime – pas seulement pour leur place dans le texte ; beaucoup pour les gestes qu'ils produisent quand j'appuie sur les touches du clavier, pour le caractère (attention, jeu de mot) que je leur associe à force d'usage. Et lorsque je ne peux avoir ce privilège, je choisis l'écriture typographique minimale du .txt et de la monochasse.

Une autre façon de palier à cette « névrose des corrections typographiques », c'est l'usage d'un clavier de nerd, qui permet la configuration pleine des méthodologies de saisie.

Ses notes personnelles, Julien les écrit avec Evernote, un logiciel propriétaire qui permet notamment de sauver des pages web (ou des morceaux) en ne gardant que le texte lisible.

Puis nous avons discuté du mémoire qu'il a dû écrire sur la tard, alors qu'il enseignait déjà le web design à l'école supérieure d'art et de design des Pyrénées. Bricoles. Bricolage, design, pratiques artistiques et numériques part de l'opposition que développe Claude Lévi-Strauss entre le bricoleur et l'ingénieur dans son ouvrage La pensée sauvage. Je n'ai pas encore pris le temps de lire le texte de Julien, mais c'est dans ma tête.

Tout comme moi, Julien s'est mis à la recherche d'un outil adéquat à l'écriture de son mémoire. Nous pouvons citer l'outil de prise de note en Markdown nvALT qui permet d'indexer ses notes par un système hypertextuel, une sorte de wiki à soi. L'outil a l'avantage de faciliter la manipulation des fichiers texte, notamment par l'utilisation rapide de quelques scripts en Python qui permettent l'assemblage d'une écriture fragmentaire, à différents formats, dans différents espaces. C'est un outil de recherche permet de ne pas avoir à hiérarchiser les notes.

Autre outil d'écriture évoqué, Zettlr est une application libre permettant de centraliser des articles destinés à des modes de diffusion différents.

Julien a également évoqué Obsidian, une application gratuite mais pas libre, qui permet de créer ses métadonnées en YAML.

Évoquer ces différents outils informatiques nous a menés à discuter des différents modes d'écritures en fonction de l'adresse et des lectures. Si Julien utilise beaucoup les outils numériques pour organiser et prendre ses notes, il tient, depuis février 2021, un blog écrit en HTML. L'écriture du HTML incite assez bien au mélange des écritures et des formes. L'écriture du blog distancie du public, nous ne savons pas exactement qui nous lit – bien que le blog en question dispose d'un flux RSS.

Réels est un « journal graphique et textuel », qui s'inspire des exercices de style de Raymond Quenneau : un mot par jour pour écrire sur le vif des éléments réels de la journée. L'écriture de ce recueil – qui était à son début essentiellement en HTML – est une écriture web, qui mêle texte, image, son, code, dessin...

Son premier éditeur de texte – au début des années 1990 – était WordPad. Julien utilisait également le logiciel de mise en page avec clip art, Publisher.

J'ai interrogé Julien sur ses souvenirs sensoriels de ses premières écritures avec l'ordi, dans les années 1990. Julien se souvient des nuances de beige, de la matérialité sonore des claviers et des souris... mais aussi du meuble consacré à l'ordinateur, avec son tiroir pour le clavier, le tapis de souris, et le siège à genoux. Je ne connaissais pas les sièges à genoux – je me demande comment je me sentirais face à cet objet.

Julien s'est également souvenu de la suite de disquette à insérer pour réinstaller les systèmes d'exploitation.

Nous ne nous sommes pas trop attardés dans un élan nostalgique éventuel. Nous avons abordé les éditeurs de texte que Julien utilise en ce moment. À savoir, Obsidian, VSCodium et Thunderbird. L'usage quotidien de ces trois éditeurs ne néglige pas une pratique régulière d'essai de nouveaux outils.

Ces outils sont graphiquement paramétrables, et leurs interfaces visuelles varient en fonction des contextes. Obsidian possède des thèmes de couleurs. De façon générale, la variation des couleurs est très minime ; elle varie seulement du jour à la nuit. La police typogrpahique utilisée avec VSCodium peut être Monaspace, ou bien Fira Mono. J'aime beaucoup Fira Mono. Concernant l'écriture en Markdown ou en HTML, la typo n'a pas de monochasse, elle peut être celle de l'OS, ou varier selon l'usage.

Lorsque Julien partage, via un vidéo-projecteur, son éditeur de texte à ses étudiant..es, il agrandit alors la fonte, modifie les couleurs afin qu'elles soient claires et contrastées.

Brièvement, nous avons évoqué les différentes forme d'écriture à l'intérieur du navigateur ; de nos usages quotidiens d'outils de communication – des web mail aux messageries instantannées – mais aussi de nos gestes avec l'interface – l'écriture dans la barre de recherche, l'action de copier, puis de coller des morceaux de texte...

Julien m'a fait découvrir Resilient web design de Jeremy Keith. Ce sera, je pense, ma prochaine lecture.

Concernant la langue, lorsque Julien partage des lignes de code à ses étudiant..es, il choisit le français pour les commentaires, et garde l'anglais pour nommer les classes. Pour lui-même, il code en occitan (ce que je trouve très cool). Plus communément, et toujours pour lui-même, il alterne spontanément le français et l'anglais. Le registre langagier varie en fonction des contextes d'écriture, et d'adresse du code.

Nous avons évoqué le projet de thèse d'Antoine Fauchié, qui aborde l'espace du commit en tant qu'espace d'écriture littéraire et poétique.

Je termine ce résumé par un paramètre, à mes yeux, très important : le temps. Julien est capable de « perdre du temps », c'est-à-dire de multiplier ses activités au-delà du contexte du travail rémunéré, qui ne lui mobilise que deux jours par semaine. Pas mal.

incident.net

26/11/2023

PrePostPrint Local Meetup

Hier (25/11/2023) était la seconde journée de travail sur l'avenir de PrePostPrint. Cette fois-ci je n'étais pas en retard pour le petit-déjeuner car j'ai passé la nuit sur le canapé quatre étoiles de Simon, qui habite non loin de Varia. J'ai pu manger mon roulé à la cannelle, boire mes quelques tasses de café avant l'arrivée de la voiture de luuse. Nous avons alors poursuivi les réfléxions de la veille, mais dans une ambiance un peu plus dissipée. J'ai aimé.

J'ai rejoint Antoine et Baptiste à la création d'autocollants avec des outils rigolos. Antoine a généré des noms d'oiseaux locaux et commençant par P avec l'API xeno-canto, Baptiste s'est amusé avec les brosses Inkscape, et j'ai joué avec des modules en CSS.

Finalement, nous avons créé le wiki, avec Wikimedia, je n'ai pas participé à sa création, mais j'y ai envahi le CSS par ma couleur préférée (#ff8).

Antoine nous a présenté Plancton un environnement qu'il a développé pour dessiner des typographies avec MetaPost. Je vais l'essayer pour terminer OverLink – si j'en trouve le temps...

J'ai pu discuter de nos recherches respectives avec Natalia ; trop brièvement à mon goût. J'espère que nous pourrons poursuivre notre discussion à Bruxelles.

La voiture de luuse repartie pour Bruxelles, j'ai accompagné Julien, Manetta et Martin au lancement du dead web club à V2. Les invité⋅es étaient :

25/11/2023

PrePostPrint Local Meetup

Hier (24/11/2023) je me suis réveillé tôt (04:50), et j'ai pris le train de Bruxelles Midi (07:44) vers Rotterdam Centraal (09:50). Le trajet était agréable, la météo changeait plus vite que le train. Je somnolais à moitié, une oreille attentive au crépitement des gouttes ; un œil suivant l'élan du train, puis cherchant la pluie dans le ciel, et la pluie dans le verre. Quand le soleil revenait, j'ouvrais mes yeux complètement et j'imaginais être un chat, l'iris jaune fendu d'un agrume noir.

J'ai marché sous le soleil, et j'ai oublié l'extrême droite. Mes pas avançaient dans la bonne direction, et je restais perdu dans la ville. Je remarquais que les surfaces ressemblaient à des plans dessinés sur une grille, de façon à ce que la perspective des sols troublait consciencieusement les espaces et les distances.

J'ai finalement rejoint les croissants et les “PPP mainteners” à Varia pour commencer à discuter de l'avenir de PrePostPrint.

Simon, Julien, Quentin, Katharina, Anja and Martin et moi, nous avons travaillé la question du wiki. Plusieurs points ont été abordés :

Qui consulte le wiki ? Avec quelles connaissances ? Et quelles intentions (apprendre, écrire...) ?

Julien a donné pour exemple le site du CMS Kirby afin d'aborder différentes façons d'adresser les savoirs, en fonctions des niveaux de connaissances des lecteur..ices :

Comment les personnes qui débutent peuvent-elles trouver leur chemin parmi les ressources ? Notamment pour :

  1. trouver une solution à ce qu'elles recherchent (résoudre un problème technique, trouver une solution technique)
  2. connecter des projets, outils et ressources adjacents pouvant ouvrir les possibilités, assouvir les curiosités...

Puis nous avons bu des bières, et mangé des pizzas.

18/11/2023

Typographie post-binaire - Scan Party et Archives Vivantes

Hier (17/11/2023) je suis allé scanner « Frsh (recherche d'un objet dans une poche) » de nadjim bigou-fathi & soto labor – premier livre de ma carrière de designer.

« Cet ouvrage est publié dans le cadre du projet ‹ Frsh (recherche d'un objet dans une poche) › de nadjim bigou-fathi & soto labor, performé à Cyberrance, Romainville, le 3 juin 2023. Cette publication et cette performance ont été produites lors de la résidence de nadjim bigou-fathi & soto labor à La Galerie, centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec de septembre 2022 à avril 2023. »

17/11/2023

Typographie post-binaire – Scan Party et Archives Vivantes

Hier (16/11/2023) je me suis rendu à l'erg écouter la table ronde organisée par Camille Circlude et Enz@ Le Garrec de Bye Bye Binary.

Les invitées étaient : Julie Abbou et Élise Goutagny.

C'est déjà très dissipé par le stress et la fatigue que j'ai plissé les yeux et tenté de différencier les citations du dégradé mauve, et ses étoiles post-binaires.

Blague à part, Élise Goutagny nous a présenté le sujet de la thèse qu'elle rend tout juste : « Les recueillantes : pratiques graphiques féministes en France (2012-2022) ». Elle nous a brievement parlé des pratiques du graphisme non expert comme espace de négociation des formes de paroles au sein des luttes féministes. En parallèle, l'histoire des campagnes minisérielles permet de cerner une évolution des idéologies communiquées, par leurs formes graphiques et langagières.

Ça m'a rappelé un projet laissé en suspend : ce que j'appelais un double « index comparé » des ressources médicales LGBT issues de sites d'associations et de pages personnelles ; actuels et du début des années 2000.

Julie Abbou a d'ailleurs situé ce début de décennie comme un temps charnière dans la communication et la pollénisation des luttes LGBT et féministes.

Julie Abbou nous a parlé de la langue et du langage en tant que lieu de lutte (féministe), des politiques linguistiques de la marge... Le discours est un espace politique, et nos perceptions du langage produisent des lectures socio-politiques propres. Et ainsi, le langage façonne le monde, par ses allers et retours entre perception des choses nommées, et perception des noms dans leur matérialité langagière.

J'ai pensé à la sémantique du Web et ses normes usuelles conservatrices. Comment rendre compte des dérogations aux règles dans la structure linguistique et sociale du Web ?

Julie Abbou a poursuivi sur les relations entre forme et contenu du langage comme espace de lutte, la grammaire en tant que « récipient des formes de domination ». Notamment les structures sociales et du langage de la catégorisation des choses (sociale, spatiale, économique...). Tout autant que les différents systèmes de catégorisation sont des espaces de pouvoir, les frontières de ces espaces peuvent être abordées en tant qu'activités, des espaces-temps à penser dans le contexte de leur production. Je retiens la notion d'« objet-frontière » développée par Susan L. Star à propos des structures informationnelles.

La discussion s'est poursuivie sur la question des archives vivantes comme pratique politique. Est revenue la question des frontières, des catégories, des dénominations... J'ai bien aimé penser aux boîtes, et aux objets dans les boîtes, et comme ils peuvent se sentir seuls, ou envahis – par les autres objets, par les boîtes, par les noms... J'ai bien sûr pensé à mon narrateur désœuvré parmi toutes ses billes, ses boîtes, et ses onglets. Et j'ai pensé aux sphères qui s'entrechoquent, et au chaos des pentes des sols jamais vraiment horizontaux. Et aux angles des murs, aux rectangles qui se renversent, etc.

La discussion s'est poursuivie vers l'influence des conditions matérielles sur les méthodes d'archivages et sur les documents archivés. Puis ce fût le tour du design d'interface, mais j'étais déjà trop absorbé par mes sphères et mes rectangles pour écouter d'une oreille attentive. Je retiens juste Karin Schlageter qui a écrit sur les bugs et la façon dont ils révèlent l'infrastructure humaine et matérielle des interfaces dont le design tend à se faire oublier des usager..es.

Je retiens également la notion de technologie de l'intellect abordée par Jack Goody, qui traite l'écriture comme une techologie induisant des structures sociales particulières ; l'écrit permettant d'institutionnaliser la parole.Je relie bien sûr cette notion à la pratique écrite comme potentielle stratégie de ralentissement face à la contagion d'un lissage graphique par des standards esthétiques et visuels, et l'efficacité de leurs dispositifs graphiques.

09/11/2023

Le circuit de la copie, conditions collectives de réemploi et écologie de la dissémination

Hier (08/11/2023) je suis allé à la troisième journée du séminaire « Les formes de la piraterie », organisé à la Cambre dans le cadre du projet de recherche « Les nouveaux habits du colportage » porté par Alexia de Visscher, Léonard Mabille et Alice Néron.

Les intervenant..es du jour étaient : Simon Browne et Eva Weinmayr.

Simon nous a présenté sa Bootleg Library par une fragmentation des étapes de collecte, copie, réflection, partage :

  1. la collection de fichiers sur un serveur,
  2. l'invitation à la collecte,
  3. la collection de livres dans une boîte,
  4. une collection imprimée,
  5. une collection numérique,
  6. des sessions de travail,
  7. les tâches de bibliothécaire,
  8. l'indexation temporaire.

Entendre Simon nous présenter son projet m'a remis quelques idées en place. Je retiens les cartes d'invitation à la collecte collective. Je retiens la folksonomie. Je retiens les mélanges de temporalités et les imbrications des boîtes.

Pour conclure, Simon nous a présenté le serveur creative crowds, développé avec Manetta Berends.

“CC (creative crowds) is a server for publishing experiments that emerge around Varia to better understand how different ways of working are shaped by (and shape) different realities.”

J'aime beaucoup le site car il est jaune.

Ça m'a rappelé que je devais mettre en place un pad pour le code codex. Je l'ajoute à ma liste du jour (07:24).

Après Simon, ce fût la pause. Je me suis éclipsé quelques minutes ; à mon retour, les tables avaient quitté les bords de la pièce et formaient un grand rectangle central, cerné de celleux qui s'affairaient à imbriquer les chaises tout autour du rectangle. Cette réorganisation imprévue de l'espace a beaucoup influencé le reste de la journée.

Je voulais rentrer, mais j'ai été freiné par mes affaires sournoisement cachées : mon sac sous une table, ma veste derrière une chaise.

C'est confus que je me suis assis à une des chaises et que j'ai écouté Eva Weinmayr nous présenter plusieurs livres-copies (et un journal), aux pirateries divergentes.

Un livre m'a marqué : Deleuze: Proust and Signs. Neil Chapman a fait un fac-similé quasi-identique à l'édition copiée, à la différence qu'il a été imprimé – à exemplaire unique – à l'aide de son imprimante jet d'encre de bureau. Le rapport à la matérialité du livre (de tous ses paramètres) nous interpelle avec beaucoup de délicatesse. Ça m'a rappelé que je dois réimprimer « épépé ». Je vais, cette fois-ci, m'appliquer à copier rigoureusement mon édition (Zulma).

Je suis rentré très stressé par le chaos de cette dernière présentation (qui n'en était pas vraiment une, mais plutôt le prélude de l'atelier qui comblait le reste de la semaine). J'ai pu recouvrer mes esprits vers dix sept heures, et j'ai feuilleté deux livres : Questions Library Catalogue de Claudia de la Torre (edition fink) et La poétique de l'espace de Gaston Bachelard. J'avais comme oublié ces deux livres ; ils encadrent maintenant (17:14) l'ordinateur (Gaston à gauche, Claudia à droite).

“In 2013 Claudia de la Torre started The Questions Library as an ongoing project with the aim of gathering, classifying, and showing books whose titles are phrased as questions. Every time the installation is shown, an open call invites visitors to donate books to the library, which by now comprises about 500 titles. The books are the means and the end and, at the same time, ready-made objects.”

J'aime beaucoup www.editionfink.ch.