ciel gris, averses, soleil-nuages
Castoriadis, la singularité, l'universel, les possibles…
Je viens de lire l'article « La pensée de l’imaginaire de Castoriadis du point de vue de l’anthropologie
philosophique » de Laurent Van Eynde car je voulais mieux comprendre la pensée de Castoriadis pour savoir si
je devais me pencher sur son travail, ou pas. Je n'ai pas encore ma réponse, mais l'article m'a un peu éclairé
sur la dialectique de l'imaginaire instituant et de l'imaginaire institué.
L'article commence par présenter Castoriadis comme un penseur de l'universel par le singulier. Après ça parle de
possible, comme quoi la singularité ne réaliserait pas les possibles de l'universalité, et que la singularité
n'est pas un possible, sinon elle serait soumise à l'« a priori de l'essence ». Je n'ai pas vraiment compris ce
premier point. C'est sûrement que je ne connais rien à la pensée du transcendantal. Il dit : « Ce qui nous importe est la connaissance effective de sujets effectifs, non pas un fantôme
transcendantal ni une idéalité inaccessible. » Bon. Voici une phrase que l'on comprend, sans être sûr de
comprendre. Parfois, lire de la philosophie me fait penser à la lecture d'une langue qu'on ne maîtrise pas tout
à fait. On comprend, mais on ne comprend pas. Ou peut-être l'inverse.
Si je comprends bien, Castoriadis refuse d'opposer empirique et transcendantal car les singularités émergent de
l'universel, et que celles-ci ne font que révéler la structure du transcendantal. Cette structure est elle-même
influencée par les singularités, et se construit avec celles-ci. L'être humain, par l'effectivité de sa
singularité, est créateur de ce qu'il est – individuellement et collectivement – et de sa relation avec le monde
qu'il crée et qu'il « fait être en se faisant être ». L'être humain est toujours effectif désirant se savoir à
travers la connaissance du monde, et c'est cette effectivité qui ferait son essence.
Castoriadis rend synonyme « création » et « imagination ». Il différencie les humains et le reste des animaux
par leur capacité imaginative qui va au-delà de l'imagination singulière et s'étend vers un imaginaire social, un
imaginaire instituant. La société serait une institution de l'imaginaire, par des langages, des règles,
des façons de faire…
Ensuite ça parle de croyance : la psychè et la société désireraient la croyance, plutôt que la connaissance.
OK. En gros, l'homme imagine la connaissance, et de cette façon, il imagine ce qu'il est lui-même (si je
comprends bien).
Puis viennent les deux notions d'instituant et d'institué : une société se construit de
façon instituante par des éléments institués. Ce système produit une auto-création : la société est une
auto-création d'elle-même, dont tous les éléments sont créés par la société. Ces créations se font avec
certaines contraintes : les contraintes externes (l'environnement), les contraintes internes
(la psychè individuelle), les contraintes historiques (la relation au passé) et les contraintes
intrinsèques (le système).
(c)u(i)siner nos monstres
J'ai poncé les derniers contre-monstres usinés au fablab d'iMAL cette semaine. Ils sont beaux. Ce sont des
tampons à biscuit en chêne, bien poncés, bien huilés. Chaque tampon représente un monstre ou un
contre-monstre.
Avec Aleaume nous
cuisinons nos monstres avec un groupe d'enfants de l'école des devoirs du Bazar, une maison de jeunes de
St Gilles. Par une série d'ateliers, l'idée était de parler de nos peurs pour les représenter sous la forme de
monstres, qui seront martelés et dévorés par nous. Une fois les monstres dévorés, nous aurons la force et l'expérience
pour créer les contre-monstres, des monstres amicaux, rassurants, qui sont là pour nous aider à mieux vivre avec
nos peurs, et peut-être même, les vaincre…
Pour le premier atelier, nous avons créé le jeu
touille ta trouille
qui pose des questions sur nos expériences, nos perceptions et nos représentations de la peur, et sur
l'objet de nos peurs. Ça nous a permis de dépasser les premières réactions du type « moi j'ai peur de rien ».
Au fur et à mesure du jeu, nous avons pu vraiment parler de nos craintes, de nos vécus, de ce que ça fait à notre
corps, quand et où la peur se passe, quand et où la peur s'estompe… C'était vraiment très intéressant à entendre, et à pratiquer.
Nous avons ensuite répertorié tous les types de peurs abordés par les enfants et les
animatrices, et nous les avons classés en différentes familles :
-
les peurs de l'ombre sont des peurs qui ne dépendent pas de nous et que nous ne pouvons pas contrôler
(les monstres de l'ombre ont tendance à toujours être là) ;
-
les peurs de la terre sont des peurs matérielles liées à l'accès aux ressources (quand les monstres de
la terre frappent, tout s'effondre) ;
-
les peurs de la foudre sont des peurs communes liées aux besoins humains de respect, d'amour et de
lien social (les monstres de la foudre frappent très fort, et d'un seul coup) ;
-
les peurs du givre sont des peurs sociales liées au regard des autres (les monstres du givre
paralysent leurs victimes) ;
-
les peurs du vent sont des peurs liées aux émotions que l'on ressent (les monstres du vent ont
tendance à s'emporter rapidement).
Lors du deuxième atelier, nous avons dessiné nos monstres à partir des peurs discutées précédement. Nous
avions chacun..e une grande fiche à compléter, sur le modèle des jeux de cartes à collectionner.
Puis nous avons fait de même pour les contre-monstres.
À partir de nos dessins, nous avons usiné les tampons à biscuit. À la fin de l'atelier, nous aurons deux tampons chacun..e.