Je viens de rentrer chez moi. Tout à l'heure je suis sorti acheter une bouteille de vin et des citrons. À l'exact moment où j'ouvre la porte de mon appartement, j'entends la porte d'entrée de l'immeuble s'ouvrir aussi. J'allume la lumière de la cage d'escalier, je descends. En bas des marches, je vois un monsieur moustachu. Je le salue. « Bonsoir ! », je le dépasse, je sors, je l'entends fermer la porte derrière moi. Je reviens de mes emplettes ; un cabas plein de courses a remplacé le monsieur sur le palier. Je décide de sortir à nouveau, acheter de l'encens cette fois. Au moment même ou j'ouvre la porte de mon appartement, j'entends la porte s'ouvrir en bas. J'allume la lumière. Mon chat sort avec moi. Je descends. En bas des marches, je vois le même monsieurs, accompagné d'une petit chien touffu. Je le salue « Re-bonsoir ! », je le dépasse, je sors, et je l'entends fermer la porte derrière moi.
En ce moment, je range mon appartement. Je sors mes livres du buffet bleu dans, sur, sous lequel ils s'empilent ; et j'en fais de nouvelles piles, contre le mur opposé. Comme ça, ils prennent la poussière ailleurs. Officiellement, je les trie. En réalité, je les déplace. Je les ouvre aussi. Et parfois, je tombe sur une image : souvent une carte postale envoyée par ma mère, depuis une autre décennie. Le temps file, il me dépasse, et j'ai depuis longtemps renoncé à aller avec lui. Ce soir ce n'est pas une carte qui a glissé des pages, c'est une image venue d'un autre siècle : 1999, Criel-sur-mer, une photographie que j'ai prise de mon père, avec mon bel appareil rouge. Un tiers est vert, le reste est orange. Mon père a mon âge. Il porte son t-shirt vert, mon préféré. Enfant, j'ai toujours dessiné mon père en t-shirt vert. Maintenant, je ne le dessine plus, et j'ai trois crayons de couleur : noir, orange et vert.
Rien à dire de plus.
Peu de choses me rendent autant heureux que la vue de mon balcon différent de la veille. Aujourd'hui : des fleurs mauves et des fruits naissants.
Je me sens très, très déprimé depuis plusieurs jours (semaines ?). Je suis en colère constante depuis des mois, et je ne sais pas quoi faire de cette colère. Il n'en sort rien de bon, il draine mon énergie, et c'est tout. J'ai perdu tout ce qui me faisait apprécier les petits détails du quotidien.
Si, je lis de la poésie.
Hier (22/02/2025) j'ai préparé de petites charlottes au citron pour ma maman. Ce fûrent mes premières charlottes, et mes premiers biscuits à la cuillère ! C'était très chouette à préparer, simple, très bon, joli et très mignon ! Je n'ai pas de poche à douille et je maugrée facilement lorsque ça ne se passe pas comme prévu ; j'ai donc préféré me passer d'un cône bricolé et j'ai opté pour une approche littérale du biscuit. Tout comme avec la génoise, j'avais l'impression de cuisiner un met venu des nuages, et ça me plaît beaucoup. J'ai râpé un citron noir sur la pâte avant de saupoudrer de sucre pour la cuisson. C'était assez élégant, mais gustativement très discret. Quant à la garniture, j'ai voulu faire une mousse au citron à base de yaourt mais ça ressemblait plus à une crème aérée qu'à une véritable mousse. C'est dommage car j'adore les mousses, mais c'était bon tout de même, et surtout ça se tenait très bien (c'est toujours ma crainte lorsque je fais des entremets, surtout quand je m'y prend au (presque) dernier moment). Je vais donc poursuivre ma lancée de charlottes (attention à vous), et essayer de m'améliorer en mousse. :-)
Je dois mettre ma page de recettes à jour, mais je ne trouve pas le temps (ou j'ai la flemme). Je devrais être plus rigoureux car ça devient difficile de transcrire les recettes.
Super concert aux ateliers claus d'une de mes artistes préférées. J'ai eu le plaisir de la faire découvrir à ma maman ; qui a beaucoup aimé. J'étais extrêmement stressé, et cette soirée m'a fait du bien.
Cette année je redécouvre le panais. C'est une racine vraiment délicieuse, dont je ne me lasse pas. Simplement sauté avec d'autres racines (radis noir, daikon, topinambours...) à l'huile d'olive, puis caramélisé à feu moyen avec quelques gousses d'ail écrasées, du romarin, du thym et de la nigelle : une délicieuse poêlée d'hiver. :-P J'y ajoute parfois des choux de Bruxelles (un de mes légumes préférés : c'est sphérique, mignon, vert fluo... et délicieux !).
L'année passée j'ai découvert la génoise. Je connaissais, bien entendu, et il m'était arrivé de faire des bûches de génoise roulée à la crème au beurre : c'est facile à faire, mais je n'aime pas tellement la crème au beurre, et mes génoise étaient plutôt insipides. Heureusement, mes génoise de 2024 étaient plutôt réussies. Je dis plutôt, mais pour être honnête, j'en suis très fier, tant pour la texture que pour les différents arômes expérimentés (citron, orange, cédrat, bergamote, citron noir, fleur d'oranger, rose, amande, romarin, thym, poivre timut, vanille, feuille de figuier, etc.). Je parle de génoise, mais cette année mes entremets seront faits de biscuits à la cuillère ! C'est décidé, mais je ne m'y suis pas encore essayé. J'ai envie de faire des charlottes, et des entremets au citron jaune et au citron noir.
Si vous lisez ceci, et avez des conseils et des recettes d'entremets à partager, je suis preneur ! :-)
Hier (14/02/2025) mon cher ami Elias est venu de Manchester pour écouter des concerts avec Nicolas et moi. Je ne vais rien dire des concerts pour le moment, seulement que je me suis beaucoup amusé ; j'ai aimé danser, rigoler, et marcher dans la nuit pour rentrer à la maison. J'ai adoré le set de DJ Python, j'adore DJ Python. Peut-être autant que les panais.
Je viens de lire L'auto-école du collège Moriyama de Keigo Shinzo (Le Lézard Noir), offert par Arthur pour mon anniversaire.
Je me mets à écrire car je suis ému. J'ai même versé quelques larmes, après coup. Je ne crois pas que je vais en dire grand chose maintenant, seulement que j'ai beaucoup aimé, et que c'est un livre sur les amitiés.
Parfois j'ai l'impression de ne plus être capable de ressentir d'émotions intenses ; seulement des malaises, ou l'excitation des idées qui en engendrent de nouvelles. Il m'arrive de plus en plus rarement de me sentir submergé par une émotion qui ne concerne que moi, mon cœur et mes souvenirs. Je ne sais pas pourquoi j'ai arrêté de lire des histoires qui me font pleurer, et me font rester immobile quelques minutes, à ressentir les drôles de sensations de la tête qui semble dégouliner dans tout le corps.
Moi qui suis si angoissé par le futur, je devrais accorder plus de place aux choses qui réveillent des souvenirs, car la mélancholie fait du bien. Les lectures qui nous font nous projeter dans de nouvelles choses – à lire, à écrire, à penser – sont importantes, mais peut-être ne devraient-elles pas prendre trop de place, sinon elles débordent et on n'y voit plus rien. Je n'y vois plus rien, et je ne fais plus rien.
Merci Arthur pour cette douce lecture.
Postface
Dans la vile, il y a parfois des amis qu'on ne reverra plus jamais mais qui comptent beaucoup pour nous. Je crois que c'est de ce genre de choses dont je voulais parler.
C'était mon premier livre. Merci de l'avoir lu.
Keigo Shinzo
Hier soir (04/09/2024) je me suis rendu au Pantin pour la première soirée Et cætera de la saison. Ça faisait longtemps que je n'y avais pas écouté de textes dans le brouhaha rassurant du bar. J'ai eu le plaisir d'y trouver mon cher ami Daniel, puis Nicolas, maintant co-organisateur des lectures.
Certains passages du texte de Patrick m'ont plu :
J'ai acheté un cochon au marché aux bestiaux, pendant les vacances. Je l'ai ramené à Bruxelles, installé dans un appartement avec cuisine équipée, lui ai fourni des vêtements et une brosse à dents. Parfois, je passais lui dire bonjour et on jouait aux échecs. J'aimais bien parce que je gagnais toujours. [...]
Après le coup d'État, il a rejoint la Nouvelle Armée, comme de nombreux porcins. Il était affecté aux missions dites de dissolution, celles qui ont été révélées à la Libération. On lu donnait à bouffer les corps des exécutés politiques, homosexuels, musulmans, juifs, tziganes et porteurs de handicap. Certains disent que les sections de dissolution ont également dévoré des prisonniers vivants, mais nous n'en avons pas de preuve.
En fin de soirée, nous avons eu le plaisir d'entendre en avant-première des extraits de La gaieté me sidère lus par son autrice Clarisse Michaux. À paraître ce mois-ci aux éditions Hourra (que je ne connaissais pas, ça a l'air bien, et le site est beau), c'est un recueil de poèmes sur l'expérience de spectatrice du film de Chantal Akerman Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles.
Ce livre, qui agit comme une suspension poétique du temps, interroge le statut de l’action au cinéma comme dans la vie. (note de l'éditeur)
Le lecteur, pris dans une enquête documentaire qui le mène sur les traces de Jeanne Dielman, découvre la géographie poétique de Clarisse Michaux. On arpente alors les rues pavées de Bruxelles et la boîte du 23, quai du commerce qui porte un autre nom. Puis l’on bascule dans le film, dans la fiction, en entrant dans l’univers de Jeanne Dielman : ses meubles, ses fournitures. (note de l'éditeur)
J'ai trouvé la lecture de Clarisse très belle. J'ai acheté le livre. J'ai hâte de la lire.
/!\ bad English below /!\
My name is zeste—I used to print in my browser before I was an artist, a small publisher and a graphic designer.
When I was a kid, I used to print a lot of blog posts. I'd hang out on Skyblog, and collect texts whose formatting style I liked. They were usually self-introduction paragraphs, with frames in blocks of color, vernacular spelling, glyphs drawing... In this way, I collected a few dozen presentations of unknowns. I never saved anything, not even as a bookmark. On the other hand, when I visited my grandparents, I'd find paths back, print out everything I could to put it in a folder. When I got home, I'd staple some on them together and keep them hidden in a drawer. There was nothing transgressive about it, but it was proof that I'd been on the computer, often and for a long time—more than the limit imposed by my parents.
These aren't my first zines, but these are the very first made with a printer and a computer.
The reason I chose this anecdote as a starting point is to address an essential dimension common to both web pages and print zines: the graphic practices of people who aren't professional designers. In other words, who are not paid for the forms they produce, but who do for themselves, to adress for others.
And this is (almost) how I got introduced in the PrePostPrint practices and then, to the PrePostPrint community: cool shapes in cool places. So, I was following updates from the website, because I was seeking for alternative tools to proprietary softwares, but also because of my interest in the act of print itself. I wasn't very aware of what was PrePostPrint exactly, but I knew I wanted to explore deeper the technical features of the code to print practices.
PrePostPrint is more than just printing zines in your web browser. PrePostPrint gathers not only designers and teachers, who probably print more often in workshops than home. PrePostPrint is open and brings together enthusiasts, makers and doers. And I think that this role for non-professionals and non-technicians is extremely important and necessary to format, print and share our resources and experiences inherited from blogs and zines backgrounds.
Attempting to escape proprietary software, to do things differently, to pool our tools and resource is inevitably a way of asserting and giving expression to voices that go beyond the norms. We come together around plural ways of doing things, using different tools, different modes of writing, different ways of working with people, terminals and printers. We get together, on the internet and in workshops, to work together across medium divides. We don't focus our practice on a finished object, but on the time spent tinkering with it, finding solutions, moving from one machine to another. And this relationship to design, embedded in the writing in the text editor, in the movement of forms, in the sharing of screens... reflects a general concern to overcome the social boundary between web and print.
https://luckysoap.com/statements/handmadeweb.htmlCe matin j'ai terminé la lecture d'Une singularité de Bastien Hauser. Publié chez Actes Sud il y a tout juste un mois (ou à peu près), Une singularité est son premier roman. Si je me fie à ma compréhension des échanges entendus lors de la soirée de lancement (21/03/2024), c'est un texte commencé lors de son master à La Cambre, en Texte et création littéraire. De Bastien, je situais son allure car il organisait les soirées de rencontres littéraires Et cætera, qui ont lieu tous les premiers mercredis du mois au Pantin, à Bruxelles.
Le roman suit le brouillard d'un narrateur amnésique à la suite d'un AVC. Survenu le même jour que la publication de la première photographie d'un trou noir supermassif, l'arrêt du cœur note le début d'une perception nouvelle du monde. Les deux événements, dans leurs échelles différentes et pourtant semblables, se mélangent au fur et à mesure des lignes, des vides, et des lignes qui suivent le vide.
Les trous noirs qui deviennent un trou noir ; c'est la façon dont Bastien nous transmet une folie qui grandit, nourrie et portée par les divagations d'une vie non-chalante, dont les séductions et les amitiés filent de chambres en fêtes, des rues Bruxelloises à une piscine d'Arizona. Comme le résultat d'une suite de soirées trop rapprochées, la confusion du narrateur nous semble ordinaire, déjà vécue. De même que les ami..es qui s'inquiètent, les ami..es qu'on laisse, que l'on oublie et que l'on regrette ; les ancres à la réalité se détachent peu à peu, jusqu'à nous laisser voir – de loin – la folie s'emparer de l'histoire.
Les jours – du 10 avril au 2 juillet 2019 – chapitrent un récit dont les données horaires organisent les paragraphes. Ces indications temporelles ne tentent pas de restituer un journal ; elles dépassent le narrateur qui, souvent, ne sait pas que nous savons qu'il lui manque des journées de souvenirs.
C'est une histoire en deux parties ; à Bruxelles, puis à Tucson. Les dernières heures à Bruxelles me firent craindre la suite de ma lecture. La représentation de la folie devenait pour moi trop graphique, trop consciente. Je perdais la distance étrange avec laquelle j'aimais suivre les pensées d'un « je » qui entrait toujours un peu plus dans l'égocentrisme de la paranoïa. Lorsque les faits et leurs conséquences vinrent joncher les images flottantes – si particulières à la lecture – de vaisselle sale, de lignes de feutre et autre reprographies, je me suis résolu à faire une petite pause. Avant l'Arizona.
La suite m'a soulagé. J'ai aimé la frénésie des nouvelles rencontres, le chaos des onglets qui s'ouvrent et qui s'accumulent dans le navigateur. J'ai aimé le temps étendu sur le sol, engoncé dans les lits, les fauteuils, et les banquettes. J'ai aimé aussi le temps qui file au bord de la piscine, dans les rues, dans le club, jusque dans le désert.
Vendredi (29/03/2024) je me suis rendu avec Alice à Fotokino pour visiter l'exposition sur les soupes, dont beaucoup m'en avait déjà parlé. C'est la restitution de résidence du duo Palefroi (Damien Tran et Marion Jdanoff).
Soupes est une exposition mais aussi une cantine temporaire, installée au Studio Fotokino du 17 janvier au 31 Mars 2024. La plupart du temps, on pourra la visiter pour découvrir les peintures, dessins, sérigraphies, film d’animation, céramiques créées par le duo. Et parfois, l’exposition se transformera en véritable cantine : des questions y seront posées. Des réponses en forme de soupes y seront servies.
Ce weekend (30/03/2024 et aujourd'hui) j'ai participé au salon Trafic au FRAC SUD à Marseille. J'y avais participé deux fois déjà, il y a quelques années, lorsque qu'il s'appelait – d'une année à l'autre, selon le statut donné aux publications exposées – Rebel Rebel et Mise en Pli, qui se déroulait alors au FRAC PACA. Les noms changent (tous), moins le monde.
Je me suis rendu au FRAC à pied, ma moitié de bibliothèque sur l'épaule droite, mes lunettes de soleil sportives sur le nez. Je suis arrivé à l'heure idéale (10h15), j'ai débalé les livres, aimanté quelques dessins et cartes de visite avant de me ruer vers la cantine pour acheter un café trop cher et bien trop aqueux. Je transpirais beaucoup (j'aime bien, mais je me demande à quel point c'est pénible pour mes voisin..es).
Je présentais homep pour la première fois. Je n'avais apporté que la partie intérieure de la bibliothèque, n'ayant que quelques zines à présenter à Marseille. J'ai donc choisi la version légère : une caisse usinée dans des plaque d'aluminium laminé ivoire qui évoque les traitillés des volets roulants, et quatre sangles noires en guise d'étagères. Ce n'est qu'une première structure, elle demande à être complétée à mesure des salons.
Dans ma petite bibliothèque, il y avait :
Hier (26/11/2023), j'ai profité de m'être trompé dans mes réservations de train pour discuter avec Julien de ses usages des éditeurs de texte. Ce fût l'occasion pour moi de penser à de nouvelles manières d'écrire, et d'ouvrir ma recherche au-delà de mes perceptions... et de mes angoisses. J'ai nommé cette future collection de discussions les « petites histoires des usages ».
Ce sont des discussions orales privées non enregistrées, dont je prends note. J'ai des questions qui trament la conversation. Elles concernent :
Je rédige ensuite une petite histoire de chaque conversation.
Julien avait beaucoup de choses à dire, et ce n'est que dans un second temps que j'ai posé mes questions. J'ai aimé l'entendre, et je suis curieux de poursuivre ces discussions avec d'autres.
Julien écrit du code depuis longtemps, mais ce n'est que récemment qu'il écrit pour le Web. De ses pratiques d'écriture, il distingue trois types de texte :
Et pour écrire ces textes, il fait l'usage de deux dispositifs d'écriture : son ordinateur et son téléphone.
Un critère qui lui est très cher, c'est le respect de la précision des glyphes choisis. Autrement dit, le respect des normes ortho-typographiques – ce qui rend le HTML, pour cela, très avantageux. J'ai aimé l'entendre parler des espaces fines et des apostrophes – d'une part car je suis moi-même très attaché au respect des caractères unicodes que je choisis ; ce qui me fait ensuite réfléchir au paradoxe de l'importance des choix, pour le respect des règles. C'est bien cette intersection qui me plait, je pense, dans l'écriture avec les ordis. Car, ce qui me soucie le plus, ce n'est pas tant le respect d'une norme établie, mais bien la façon dont je m'applique à choisir les caractères unicodes, la façon dont je m'y attache, comment je les aime – pas seulement pour leur place dans le texte ; beaucoup pour les gestes qu'ils produisent quand j'appuie sur les touches du clavier, pour le caractère (attention, jeu de mot) que je leur associe à force d'usage. Et lorsque je ne peux avoir ce privilège, je choisis l'écriture typographique minimale du .txt et de la monochasse.
Une autre façon de palier à cette « névrose des corrections typographiques », c'est l'usage d'un clavier de nerd, qui permet la configuration pleine des méthodologies de saisie.
Ses notes personnelles, Julien les écrit avec Evernote, un logiciel propriétaire qui permet notamment de sauver des pages web (ou des morceaux) en ne gardant que le texte lisible.
Puis nous avons discuté du mémoire qu'il a dû écrire sur la tard, alors qu'il enseignait déjà le web design à l'école supérieure d'art et de design des Pyrénées. Bricoles. Bricolage, design, pratiques artistiques et numériques part de l'opposition que développe Claude Lévi-Strauss entre le bricoleur et l'ingénieur dans son ouvrage La pensée sauvage. Je n'ai pas encore pris le temps de lire le texte de Julien, mais c'est dans ma tête.
Tout comme moi, Julien s'est mis à la recherche d'un outil adéquat à l'écriture de son mémoire. Nous pouvons citer l'outil de prise de note en Markdown nvALT qui permet d'indexer ses notes par un système hypertextuel, une sorte de wiki à soi. L'outil a l'avantage de faciliter la manipulation des fichiers texte, notamment par l'utilisation rapide de quelques scripts en Python qui permettent l'assemblage d'une écriture fragmentaire, à différents formats, dans différents espaces. C'est un outil de recherche permet de ne pas avoir à hiérarchiser les notes.
Autre outil d'écriture évoqué, Zettlr est une application libre permettant de centraliser des articles destinés à des modes de diffusion différents.
Julien a également évoqué Obsidian, une application gratuite mais pas libre, qui permet de créer ses métadonnées en YAML.
Évoquer ces différents outils informatiques nous a menés à discuter des différents modes d'écritures en fonction de l'adresse et des lectures. Si Julien utilise beaucoup les outils numériques pour organiser et prendre ses notes, il tient, depuis février 2021, un blog écrit en HTML. L'écriture du HTML incite assez bien au mélange des écritures et des formes. L'écriture du blog distancie du public, nous ne savons pas exactement qui nous lit – bien que le blog en question dispose d'un flux RSS.
Réels est un « journal graphique et textuel », qui s'inspire des exercices de style de Raymond Quenneau : un mot par jour pour écrire sur le vif des éléments réels de la journée. L'écriture de ce recueil – qui était à son début essentiellement en HTML – est une écriture web, qui mêle texte, image, son, code, dessin...
Son premier éditeur de texte – au début des années 1990 – était WordPad. Julien utilisait également le logiciel de mise en page avec clip art, Publisher.
J'ai interrogé Julien sur ses souvenirs sensoriels de ses premières écritures avec l'ordi, dans les années 1990. Julien se souvient des nuances de beige, de la matérialité sonore des claviers et des souris... mais aussi du meuble consacré à l'ordinateur, avec son tiroir pour le clavier, le tapis de souris, et le siège à genoux. Je ne connaissais pas les sièges à genoux – je me demande comment je me sentirais face à cet objet.
Julien s'est également souvenu de la suite de disquette à insérer pour réinstaller les systèmes d'exploitation.
Nous ne nous sommes pas trop attardés dans un élan nostalgique éventuel. Nous avons abordé les éditeurs de texte que Julien utilise en ce moment. À savoir, Obsidian, VSCodium et Thunderbird. L'usage quotidien de ces trois éditeurs ne néglige pas une pratique régulière d'essai de nouveaux outils.
Ces outils sont graphiquement paramétrables, et leurs interfaces visuelles varient en fonction des contextes. Obsidian possède des thèmes de couleurs. De façon générale, la variation des couleurs est très minime ; elle varie seulement du jour à la nuit. La police typogrpahique utilisée avec VSCodium peut être Monaspace, ou bien Fira Mono. J'aime beaucoup Fira Mono. Concernant l'écriture en Markdown ou en HTML, la typo n'a pas de monochasse, elle peut être celle de l'OS, ou varier selon l'usage.
Lorsque Julien partage, via un vidéo-projecteur, son éditeur de texte à ses étudiant..es, il agrandit alors la fonte, modifie les couleurs afin qu'elles soient claires et contrastées.
Brièvement, nous avons évoqué les différentes forme d'écriture à l'intérieur du navigateur ; de nos usages quotidiens d'outils de communication – des web mail aux messageries instantannées – mais aussi de nos gestes avec l'interface – l'écriture dans la barre de recherche, l'action de copier, puis de coller des morceaux de texte...
Julien m'a fait découvrir Resilient web design de Jeremy Keith. Ce sera, je pense, ma prochaine lecture.
Concernant la langue, lorsque Julien partage des lignes de code à ses étudiant..es, il choisit le français pour les commentaires, et garde l'anglais pour nommer les classes. Pour lui-même, il code en occitan (ce que je trouve très cool). Plus communément, et toujours pour lui-même, il alterne spontanément le français et l'anglais. Le registre langagier varie en fonction des contextes d'écriture, et d'adresse du code.
Nous avons évoqué le projet de thèse d'Antoine Fauchié, qui aborde l'espace du commit en tant qu'espace d'écriture littéraire et poétique.
Je termine ce résumé par un paramètre, à mes yeux, très important : le temps. Julien est capable de « perdre du temps », c'est-à-dire de multiplier ses activités au-delà du contexte du travail rémunéré, qui ne lui mobilise que deux jours par semaine. Pas mal.
Hier (25/11/2023) était la seconde journée de travail sur l'avenir de PrePostPrint. Cette fois-ci je n'étais pas en retard pour le petit-déjeuner car j'ai passé la nuit sur le canapé quatre étoiles de Simon, qui habite non loin de Varia. J'ai pu manger mon roulé à la cannelle, boire mes quelques tasses de café avant l'arrivée de la voiture de luuse. Nous avons alors poursuivi les réfléxions de la veille, mais dans une ambiance un peu plus dissipée. J'ai aimé.
J'ai rejoint Antoine et Baptiste à la création d'autocollants avec des outils rigolos. Antoine a généré des noms d'oiseaux locaux et commençant par P avec l'API xeno-canto, Baptiste s'est amusé avec les brosses Inkscape, et j'ai joué avec des modules en CSS.
Finalement, nous avons créé le wiki, avec Wikimedia, je n'ai pas participé à sa création, mais j'y ai envahi le CSS par ma couleur préférée (#ff8).
Antoine nous a présenté Plancton un environnement qu'il a développé pour dessiner des typographies avec MetaPost. Je vais l'essayer pour terminer OverLink – si j'en trouve le temps...
J'ai pu discuter de nos recherches respectives avec Natalia ; trop brièvement à mon goût. J'espère que nous pourrons poursuivre notre discussion à Bruxelles.
La voiture de luuse repartie pour Bruxelles, j'ai accompagné Julien, Manetta et Martin au lancement du dead web club à V2. Les invité⋅es étaient :
Hier (24/11/2023) je me suis réveillé tôt (04:50), et j'ai pris le train de Bruxelles Midi (07:44) vers Rotterdam Centraal (09:50). Le trajet était agréable, la météo changeait plus vite que le train. Je somnolais à moitié, une oreille attentive au crépitement des gouttes ; un œil suivant l'élan du train, puis cherchant la pluie dans le ciel, et la pluie dans le verre. Quand le soleil revenait, j'ouvrais mes yeux complètement et j'imaginais être un chat, l'iris jaune fendu d'un agrume noir.
J'ai marché sous le soleil, et j'ai oublié l'extrême droite. Mes pas avançaient dans la bonne direction, et je restais perdu dans la ville. Je remarquais que les surfaces ressemblaient à des plans dessinés sur une grille, de façon à ce que la perspective des sols troublait consciencieusement les espaces et les distances.
J'ai finalement rejoint les croissants et les “PPP mainteners” à Varia pour commencer à discuter de l'avenir de PrePostPrint.
Simon, Julien, Quentin, Katharina, Anja and Martin et moi, nous avons travaillé la question du wiki. Plusieurs points ont été abordés :
Qui consulte le wiki ? Avec quelles connaissances ? Et quelles intentions (apprendre, écrire...) ?
Julien a donné pour exemple le site du CMS Kirby afin d'aborder différentes façons d'adresser les savoirs, en fonctions des niveaux de connaissances des lecteur..ices :
Comment les personnes qui débutent peuvent-elles trouver leur chemin parmi les ressources ? Notamment pour :
Puis nous avons bu des bières, et mangé des pizzas.
Hier (17/11/2023) je suis allé scanner « Frsh (recherche d'un objet dans une poche) » de nadjim bigou-fathi & soto labor – premier livre de ma carrière de designer.
Cet ouvrage est publié dans le cadre du projet « Frsh (recherche d'un objet dans une poche) » de nadjim bigou-fathi & soto labor, performé à Cyberrance, Romainville, le 3 juin 2023. Cette publication et cette performance ont été produites lors de la résidence de nadjim bigou-fathi & soto labor à La Galerie, centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec de septembre 2022 à avril 2023.
Hier (16/11/2023) je me suis rendu à l'erg écouter la table ronde organisée par Camille Circlude et Enz@ Le Garrec de Bye Bye Binary.
Les invitées étaient : Julie Abbou et Élise Goutagny.
C'est déjà très dissipé par le stress et la fatigue que j'ai plissé les yeux et tenté de différencier les citations du dégradé mauve, et ses étoiles post-binaires.
Blague à part, Élise Goutagny nous a présenté le sujet de la thèse qu'elle rend tout juste : « Les recueillantes : pratiques graphiques féministes en France (2012-2022) ». Elle nous a brievement parlé des pratiques du graphisme non expert comme espace de négociation des formes de paroles au sein des luttes féministes. En parallèle, l'histoire des campagnes minisérielles permet de cerner une évolution des idéologies communiquées, par leurs formes graphiques et langagières.
Ça m'a rappelé un projet laissé en suspend : ce que j'appelais un double « index comparé » des ressources médicales LGBT issues de sites d'associations et de pages personnelles ; actuels et du début des années 2000.
Julie Abbou a d'ailleurs situé ce début de décennie comme un temps charnière dans la communication et la pollénisation des luttes LGBT et féministes.
Julie Abbou nous a parlé de la langue et du langage en tant que lieu de lutte (féministe), des politiques linguistiques de la marge... Le discours est un espace politique, et nos perceptions du langage produisent des lectures socio-politiques propres. Et ainsi, le langage façonne le monde, par ses allers et retours entre perception des choses nommées, et perception des noms dans leur matérialité langagière.
J'ai pensé à la sémantique du Web et ses normes usuelles conservatrices. Comment rendre compte des dérogations aux règles dans la structure linguistique et sociale du Web ?
Julie Abbou a poursuivi sur les relations entre forme et contenu du langage comme espace de lutte, la grammaire en tant que « récipient des formes de domination ». Notamment les structures sociales et du langage de la catégorisation des choses (sociale, spatiale, économique...). Tout autant que les différents systèmes de catégorisation sont des espaces de pouvoir, les frontières de ces espaces peuvent être abordées en tant qu'activités, des espaces-temps à penser dans le contexte de leur production. Je retiens la notion d'« objet-frontière » développée par Susan L. Star à propos des structures informationnelles.
La discussion s'est poursuivie sur la question des archives vivantes comme pratique politique. Est revenue la question des frontières, des catégories, des dénominations... J'ai bien aimé penser aux boîtes, et aux objets dans les boîtes, et comme ils peuvent se sentir seuls, ou envahis – par les autres objets, par les boîtes, par les noms... J'ai bien sûr pensé à mon narrateur désœuvré parmi toutes ses billes, ses boîtes, et ses onglets. Et j'ai pensé aux sphères qui s'entrechoquent, et au chaos des pentes des sols jamais vraiment horizontaux. Et aux angles des murs, aux rectangles qui se renversent, etc.
La discussion s'est poursuivie vers l'influence des conditions matérielles sur les méthodes d'archivages et sur les documents archivés. Puis ce fût le tour du design d'interface, mais j'étais déjà trop absorbé par mes sphères et mes rectangles pour écouter d'une oreille attentive. Je retiens juste Karin Schlageter qui a écrit sur les bugs et la façon dont ils révèlent l'infrastructure humaine et matérielle des interfaces dont le design tend à se faire oublier des usager..es.
Je retiens également la notion de technologie de l'intellect abordée par Jack Goody, qui traite l'écriture comme une techologie induisant des structures sociales particulières ; l'écrit permettant d'institutionnaliser la parole.Je relie bien sûr cette notion à la pratique écrite comme potentielle stratégie de ralentissement face à la contagion d'un lissage graphique par des standards esthétiques et visuels, et l'efficacité de leurs dispositifs graphiques.
Hier (08/11/2023) je suis allé à la troisième journée du séminaire « Les formes de la piraterie », organisé à la Cambre dans le cadre du projet de recherche « Les nouveaux habits du colportage » porté par Alexia de Visscher, Léonard Mabille et Alice Néron.
Les intervenant..es du jour étaient : Simon Browne et Eva Weinmayr.
Simon nous a présenté sa Bootleg Library par une fragmentation des étapes de collecte, copie, réflection, partage :
Entendre Simon nous présenter son projet m'a remis quelques idées en place. Je retiens les cartes d'invitation à la collecte collective. Je retiens la folksonomie. Je retiens les mélanges de temporalités et les imbrications des boîtes.
Pour conclure, Simon nous a présenté le serveur creative crowds, développé avec Manetta Berends.
CC (creative crowds) is a server for publishing experiments that emerge around Varia to better understand how different ways of working are shaped by (and shape) different realities.
J'aime beaucoup le site car il est jaune.
Ça m'a rappelé que je devais mettre en place un pad pour le code codex. Je l'ajoute à ma liste du jour (07:24).
Après Simon, ce fût la pause. Je me suis éclipsé quelques minutes ; à mon retour, les tables avaient quitté les bords de la pièce et formaient un grand rectangle central, cerné de celleux qui s'affairaient à imbriquer les chaises tout autour du rectangle. Cette réorganisation imprévue de l'espace a beaucoup influencé le reste de la journée.
Je voulais rentrer, mais j'ai été freiné par mes affaires sournoisement cachées : mon sac sous une table, ma veste derrière une chaise.
C'est confus que je me suis assis à une des chaises et que j'ai écouté Eva Weinmayr nous présenter plusieurs livres-copies (et un journal), aux pirateries divergentes.
Un livre m'a marqué : Deleuze: Proust and Signs. Neil Chapman a fait un fac-similé quasi-identique à l'édition copiée, à la différence qu'il a été imprimé – à exemplaire unique – à l'aide de son imprimante jet d'encre de bureau. Le rapport à la matérialité du livre (de tous ses paramètres) nous interpelle avec beaucoup de délicatesse. Ça m'a rappelé que je dois réimprimer « épépé ». Je vais, cette fois-ci, m'appliquer à copier rigoureusement mon édition (Zulma).
Je suis rentré très stressé par le chaos de cette dernière présentation (qui n'en était pas vraiment une, mais plutôt le prélude de l'atelier qui comblait le reste de la semaine). J'ai pu recouvrer mes esprits vers dix sept heures, et j'ai feuilleté deux livres : Questions Library Catalogue de Claudia de la Torre (edition fink) et La poétique de l'espace de Gaston Bachelard. J'avais comme oublié ces deux livres ; ils encadrent maintenant (17:14) l'ordinateur (Gaston à gauche, Claudia à droite).
In 2013 Claudia de la Torre started The Questions Library as an ongoing project with the aim of gathering, classifying, and showing books whose titles are phrased as questions. Every time the installation is shown, an open call invites visitors to donate books to the library, which by now comprises about 500 titles. The books are the means and the end and, at the same time, ready-made objects.
J'aime beaucoup www.editionfink.ch.